Caroline Tancrède

Quels sont les multiples bienfaits des bains de forêt pour notre santé ?

Naturopathie

Les bains de forêts appelés Shinrin Yoku au Japon, le pays qui en a découvert les bienfaits, offrent un merveilleux outil de revitalisation, souvent préconisé dans les cures naturopathiques. A travers nos cinq sens connectés aux arbres, au ciel et à la terre, il s’agit alors de faire le plein d’énergie et de silence. Mais aussi sur le plan physiologique de stimuler la vie vie de nos cellules. Je vous propose d’en découvrir les principaux bienfaits.

 

Pourquoi le bain de forêt est-il plus que jamais une nécessité ?

Les Français passent en moyenne 3 heures et vingt-sept minutes par jour devant leur télévision et leurs écrans. À l’occasion de la journée mondiale sans téléphone le 7 février dernier, un sondage* a révélé que 21 % des personnes interrogées considèrent leur téléphone comme une addiction. Et tandis que ce « technostress » (utilisation compulsive de nos appareils, besoin d’être connecté sans cesse) envahit nos vies au quotidien, les effets délétères de cette dépendance vont croissant : Anxiété, maux de tête, déprime, incapacité à être dans le « ici et maintenant », à profiter du vivant sans écrans interposés, fatigue mentale, oculaire, problèmes de dos, obésité, insomnies…

Et pourtant il suffit d’une simple immersion dans la forêt pour commencer déjà à influer sur notre santé et à revitaliser notre cerveau accaparé par trop de surcharge mentale.

 

Tout commence au Japon

En 1982, le Japon est le premier pays au monde à avoir lancé un vaste programme sanitaire en faveur du bain de forêt. L’objectif ?  Que les Japonais puissent retrouver leur âme dans des lieux naturels notamment à Akasawa, considéré comme l’un des plus beaux massifs forestiers du pays. L’idée est alors simple : Le bain de forêt reconnecte les hommes au monde naturel, celui qui pendant des millions d’années a constitué leur environnement. Une sorte de grand plongeon qui permet la reconnexion à la nature profonde : « Le Shinrin Yoku est un comme un pont, explique le Dr Qing Li, immunologiste à l’Université de médecine de Tokyo et membre fondateur de la société japonaise de sylvothérapie. En ouvrant nos sens, nous créons un pont entre nous et le monde naturel. Notre système nerveux peut se réinitialiser, notre corps et notre esprit sont en mesure de retrouver le statut qui devrait être le leur (…). Le Shinrin Yoku nous dirige droit vers notre véritable moi ».  Le succès est énorme : aujourd’hui chaque année, entre 2,5 et 5 millions de Japonais s’engagent sur les sentiers forestiers pour gérer leur stress et agir sur leur santé.

 

Comment réagit notre système nerveux ?

On sait désormais que le bain de forêt agit sur notre système nerveux. Il faudra attendre 2004 pour qu’une première étude scientifique sérieuse* établisse un lien entre forêt et santé. Les auteurs de l’étude ont pu mesurer que l’immersion en forêt mettait en veilleuse le système sympathique - celui qui nous permet en cas de stress de fuir ou de combattre mais qui s’accompagne d’une mobilisation de nos hormones et neurotransmetteurs-, activait à l’inverse le système parasympathique  - celui qui permet de mettre au repos et en mode récupération notre système nerveux-, diminuait la pression artérielle, ralentissait la fréquence cardiaque, diminuait le taux de cortisol et d’adrénaline dans le sang et renforçait le système immunitaire.

 

Qu’est-ce que le questionnaire POMS ?

Le questionnaire POMS a été mis au point pour mesurer le bien-être psychologique. Développé en 1971 par Douglas M. McNair, il en existe plusieurs versions, dont celle mise au point au Japon par le Dr Qing Li, afin de mesurer l’effet des bains de forêt sur l’humeur de chacun. 65 émotions (tristesse, frayeur, fatigue, joie, allégresse…) sont soumises aux participants qui pour chacune d’entre elles, doivent préciser comment ils l’éprouvent selon six appréciations. Celles-ci allant de « Pas du tout » à « Énormément ». Le questionnaire est soumis avant et après les marches en forêt. Les conclusions sont édifiantes :

- À partir de deux heures de marche, les résultats sont les mêmes que pour « un bain » d’une journée. En clair il suffit de marcher deux heures pour en retirer tous les bienfaits. L’humeur s’améliore davantage chez les femmes que chez les hommes.

- Si marcher dans un parc urbain diminue aussi l’anxiété et le stress, seule la marche en forêt permet de lutter efficacement contre la fatigue. Ces résultats subjectifs ont à chaque fois été confirmés par des mesures scientifiques : « Le taux d’hormones de stress mesurable chutait après un bain de forêt, note l’immunologiste Qing Li.

 

Anti dépresseur, la forêt apporte joie et bonne humeur

Une bactérie du bonheur, la miccobacterium vaccae, très répandue dans le sol y compris forestier expliquerait aussi cet impact bénéfique sur notre humeur.  L’injection de cette bactérie inoffensive à des souris (Étude de l’université de Bristol*) a démontré que celle-ci agissait comme un antidépresseur sur les rongeurs. Et que les neurones activés, étaient ceux associés au système immunitaire. En respirant cette bactérie en forêt, en l’ingérant  avec les légume-racine crus, nous absorbons M. vaccae et boostons notre système immunitaire et notre bonne humeur. Ce qui expliquerait notre sensation de bien-être après quelques minutes en forêt.

 

Et le chant des oiseaux ?

Les sons de la nature, le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles agitées par le vent, le craquement des troncs sont autant d’invitations à faire une pause pour notre ouïe souvent agressée. En comparant ce qui se produisait dans le cerveau de personnes écoutant des sons produits par la nature et par des sons produits par l’homme, des chercheurs* de la Brighton and Sussex Medical school ont démontré dans le premier cas, la baisse du système sympathique au profit du parasympathique. Sachant en plus que les fréquences situées entre 2500 et 3000 hertz sont les plus agréables à l’oreille humaine et que la plage sonore des oiseaux se situe exactement entre ces fréquences, ceci explique aussi un peu sans doute cela !  Les arbres avec tout le microcosme sonore qu’ils abritent, participent à notre guérison mentale.

 

Un système immunitaire très stimulé ?

Le système immunitaire est celui qui semble tirer le bénéfice le plus spectaculaire. Ainsi des mesures de l’activité des cellules tueuses NK (Natural Killer), pilier essentiel de notre immunité, ont permis de démontrer l’amélioration sensible de celle-ci. Ces lymphocytes qui font partie de la deuxième ligne de défense de l’immunité innée, agissent en attaquant et éliminant toute cellule cancéreuse ou infectée par un virus en larguant à l’intérieur de l’intrus ou de la cellule malade, des protéines poison, perforine, granzyme et granulysine. Or différentes mesures portant sur ces NK après 3 jours et deux nuits passés en forêt, ont démontré les résultats suivants :

- L’activité de ces cellules tueuses après le bain de forêt a bondi de 52, 6 % passant de 17, 3 à 26, 5 %.

- Leur nombre a augmenté de 50 %.

- La granulysine, protéine anticancéreuse, avait augmenté de 48 %, la granzyne B de 33 % et la perforine de 28 %.

- L’effet dans le sang perdurait pendant 30 jours.

Conclusion du Dr Qing Li : « Les bains de forêt à raison d’une fois par mois, suffisent à maintenir un taux élevé de NK ». Par ailleurs les nombreuses recherches menées sur les émotions positives comme celles que procure le spectacle de la nature (en réel ou en image dans les chambres des hôpitaux) , démontrent que ce spectacle augmente le taux de cytokines pro- inflammatoires, des protéines médiateurs de l’inflammation,  en charge de renforcer l’activité du système immunitaire.

 

Quelle est l’action des phytoncides ?

L’action des phytoncides est puissante sur notre santé. Qui n’a pas saisi au cours d’une randonnée, les délicieuses senteurs qui s’échappent des arbres et varient selon les espèces ? Ces molécules que nous humons, s’appellent les phytoncides. Sécrétés par les arbres, ils les protègent des attaques d’insectes, champignons et bactéries qui pullulent dans ce milieu. Les conifères sont les champions pour produire ces huiles naturelles sécrétées et dont la principale famille est constituée des terpènes à l’odeur si caractéristique au milieu des pins. Or il a été démontré que cette exposition aux phytoncides, provoque l’augmentation du nombre et de l’activité des NK (paragraphe précédent), l’amélioration de l’humeur, du sommeil et du niveau de stress. A noter que ces huiles naturelles sont des huiles essentielles qui font partie de « la boîte à outils » traditionnelle du naturopathe et qui sont conseillées pour les cures de revitalisation.

 

La forêt et la mémoire

Une autre étude (Université de Michigan*) portant sur le contact des hommes avec la nature, a démontré que les gens après une marche en forêt réussissaient à retenir 20 % d’informations en plus que ceux qui marchaient en ville. Ailleurs les Universités de l’Utah et du Kansas* ont mené de concert une étude sur les effets de plusieurs jours d’immersion en forêt sur la créativité. Leur conclusion : « Une véritable immersion dans un contexte naturel peut renforcer de 50 % la créativité et la faculté de résoudre des problèmes ».

 

Aujourd’hui, face au déficit chronique de nature et à la déconnexion qui s’ensuit entre les hommes et leur environnement naturel, partout dans le monde des médecins suggèrent à leurs patients d’aller passer du temps en forêt. Des centres de sylvothérapie fleurissent aux Etats-Unis, en Nouvelle Zélande, en Corée du Sud. On y propose des séjours au milieu d’arbres splendides, pour lutter contre l’hypertension, la dépression, l’obésité, et bien d’autres pathologies encore. Mais avant d’en arriver là, il suffit à chacun de s’engager dans un sentier pour quelques heures et retrouver en silence, la joie de l’osmose avec notre milieu de mammifère bipède.

 

 

* Extrait de L’Éthique de La Méthode, (2004).

* Sondage Toluna pour Recommerce Group

* Cassandra D. Gould van Praag, (Brighton and Sussex Medical schoo) , 2017

* Etude de C.A Lowry, University Bristol, 2007

* Étude de Marc G.Berman et al, John Jonides et Stephan Kaplan, Université du Michigan, 2008

* Étude de Ruth Ann Atchley, David L. Staryer et Paul Atchley, University Utah et Kansas, 2012

 

 


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